Fête des Lumières : à Lyon, tout commence par une bougie sur le rebord de la fenêtre
Avant les projections monumentales, il y a le 8 décembre des Lyonnais : des millions de lumignons allumés en famille. Histoire d'une tradition née d'une épidémie et d'un retard de chantier.
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Vers dix-huit heures, le 8 décembre, une chose étrange se produit dans les rues de Lyon : les fenêtres s’allument une par une. Pas d’électricité, mais des petites bougies dans des verres colorés, les lumignons, posés en rang sur les rebords. Dans les immeubles de la Croix-Rousse, des familles entières se penchent au-dessus du vide avec un briquet. Ce geste privé, répété dans des centaines de milliers de foyers, est le cœur d’une fête que quatre millions de visiteurs viennent aujourd’hui voir de l’extérieur.
Un vœu, une peste et une statue en retard
La tradition se raconte en deux temps. En 1643, alors que la peste menace, les échevins de Lyon font le vœu de rendre hommage chaque année à la Vierge si la ville est épargnée. Elle l’est, et la procession du 8 septembre devient rituel. Deux siècles plus tard, en 1852, une statue dorée de Marie doit être inaugurée au sommet de la colline de Fourvière, le 8 septembre. Une crue de la Saône retarde les travaux ; la cérémonie est reportée au 8 décembre. Ce jour-là, un orage éclate et les festivités officielles sont annulées. Le soir, quand le ciel se dégage, les Lyonnais posent spontanément des bougies à leurs fenêtres. Le lendemain, la ville décide d’en faire une habitude.

De la fenêtre à la place publique
Pendant plus d’un siècle, la fête reste domestique et religieuse : les lumignons, les marrons chauds, la messe à Fourvière. Le tournant vient en 1989, quand la municipalité crée le « Plan Lumière » et commence à éclairer les monuments. En 1999, la Fête des Lumières devient un festival de quatre jours, avec des artistes invités qui projettent des œuvres sur les façades, animent les places et transforment la Saône en écran. Elle est aujourd’hui l’un des plus grands événements lumineux au monde, et des villes de Dubaï à Hong Kong font appel à des studios lyonnais.
Ce que les Lyonnais gardent pour eux
Malgré cette ampleur, la soirée du 8 décembre conserve un côté intime. Les lumignons s’achètent par cartons de cinquante chez le buraliste ou au supermarché ; les verres, rouges, verts ou ambrés, se transmettent parfois depuis des générations. Dans certaines familles, on écrit un vœu sur un papier glissé sous le verre. Les paroisses du Vieux-Lyon organisent encore des marches aux flambeaux jusqu’à la basilique.
« Le festival, c’est pour les visiteurs. Le 8 au soir, c’est pour nous. »
« Le festival, c’est pour les visiteurs. Le 8 au soir, c’est pour nous », résume une habitante du quartier Saint-Jean, qui ferme chaque année la circulation de sa rue avec ses voisins pour y installer une table et du vin chaud. Depuis 2015, où la fête a été annulée après les attentats de Paris, cette part personnelle a même repris de la force : cette année-là, seuls les lumignons avaient brillé, et la ville n’avait jamais paru aussi émouvante.
Conseils pour la vivre
Si vous venez pour le festival, réservez votre hébergement plusieurs mois à l’avance et privilégiez les soirs de semaine, moins denses que le samedi. Si vous voulez la fête des Lyonnais, arrivez le 8 au crépuscule, montez à la Croix-Rousse ou à Fourvière par les traboules et les escaliers, et regardez les fenêtres plutôt que les écrans. Achetez vos lumignons avant midi : en fin de journée, il n’y en a plus.
Une économie de la bougie
Derrière les lumignons, il y a une petite industrie. Les verres à godet colorés sont soufflés ou moulés par quelques verreries françaises et italiennes, et les bougies, des « veilleuses » de quatre heures, se vendent à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires dans la seule agglomération lyonnaise en une semaine. Les paroisses, les associations de quartier et les écoles en font le commerce pour financer leurs projets, et depuis 1999 une opération caritative, « Les Lumignons du cœur », reverse le produit de la vente d’un lumignon spécial à une cause différente chaque année.

La ville, elle, calcule tout autre chose : quatre nuits de festival représentent environ deux millions de visiteurs par jour au plus fort, des hôtels complets dans un rayon de cinquante kilomètres et un plan de circulation qui ferme la Presqu’île aux voitures. Le festival coûte plusieurs millions d’euros, financés en partie par des entreprises mécènes, et rapporte bien davantage en retombées. Mais les Lyonnais interrogés dans les rues de la Croix-Rousse ne parlent jamais de chiffres. Ils parlent des voisins, du vin chaud et du moment, vers dix-neuf heures, où l’on éteint les lampes de la cuisine pour mieux voir les fenêtres d’en face.
Une autre fête d’hiver née d’un mélange de religion et de spontanéité populaire : le carnaval de Dunkerque, à l’autre bout du pays.


