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Artisanat & savoir-faire

Villaines-les-Rochers, le village où l’on cultive encore l’osier pour le tresser

En Touraine, une coopérative fondée en 1849 fait vivre la vannerie d'osier. De la plantation à la boutique, un cycle qui commence chaque hiver dans les oseraies.

Mathis Kerbrat
Mathis Kerbrat

Publié le · 5 min de lecture

Un vannier tresse des brins d'osier pour former un grand panier dans une cour ensoleillée.

Il faut arriver à Villaines-les-Rochers en janvier pour comprendre. À cette saison, les oseraies qui bordent l’Indre sont des champs de tiges rouges, jaunes et vertes, hautes comme un homme, que l’on coupe au ras du sol à la serpette. C’est le seul village de France où la vannerie forme encore une filière complète : on y plante l’osier, on le récolte, on le prépare et on le tresse, à quelques centaines de mètres de distance.

Une coopérative née avant le mot

La Société coopérative de vannerie de Villaines-les-Rochers a été fondée en 1849 par le curé du village, l’abbé Chicoisne, qui voulait libérer les vanniers des marchands qui leur achetaient leur production à bas prix. C’est l’une des plus anciennes coopératives ouvrières de France. Elle compte aujourd’hui une trentaine de sociétaires et emploie autant de salariés, dans un village d’un peu moins de mille habitants.

Oseraie en hiver au bord de l'Indre, tiges rouges et jaunes, un cultivateur coupant à la serpette.
Janvier dans les oseraies : la coupe se fait au ras du sol, à la serpette, comme il y a un siècle.

La coopérative achète le travail des vanniers indépendants, le vend dans sa boutique et sur les salons, et surtout mutualise l’osier. Car tout commence là : l’osier n’est pas ramassé dans la nature, c’est une culture. Les boutures de saule, plantées serrées, sont recépées chaque année pour produire des brins droits et sans nœud.

Trois osiers, trois couleurs

Après la coupe, les bottes sont triées par longueur, de 80 centimètres à près de trois mètres. On en tire trois matières. L’osier brut, avec son écorce, sert aux paniers de jardin et aux clôtures. L’osier blanc est écorcé au printemps, quand la sève monte : on le laisse tremper dans l’eau des « routoirs » puis on le passe à la pelle pour retirer la peau. L’osier buff, enfin, est bouilli avec son écorce, qui teinte le bois en brun roux avant d’être retirée. Ces trois couleurs naturelles suffisent à composer presque toute la palette de la vannerie française.

Le geste du vannier

Un panier commence par un fond. Le vannier croise des brins épais, les « montants », puis tisse entre eux des brins plus fins, en torche ou en clôture, deux techniques de base qui se déclinent en dizaines de variantes. L’osier a été retrempé la veille pour retrouver sa souplesse. Les mains, elles, ne portent pas de gants : on sent la tension du brin, on l’entend craquer s’il est trop sec. Un panier à anse demande environ deux heures ; une malle à linge, une journée.

Les commandes, aujourd’hui, viennent autant des particuliers que des architectes d’intérieur et des restaurateurs de monuments. La coopérative a livré des clôtures tressées pour les jardins de châteaux de la Loire et des corbeilles pour de grandes maisons de luxe, sans que le geste ait changé.

Apprendre en trois ans

Le village abrite l’un des rares centres de formation de vanniers en France, au sein d’une école d’agriculture. Le CAP se prépare en deux ans, et il faut une bonne année de plus pour atteindre la vitesse d’un professionnel. Les élèves arrivent de partout, souvent en reconversion. Une part d’entre eux restera à Villaines, où la coopérative leur garantit un débouché. C’est peut-être le vrai secret de la longévité du village : un métier n’y survit pas seul, mais grâce à toute la chaîne qui l’entoure, de la terre à la vitrine.

Un village qui vit à l’année du panier

Villaines compte encore une soixantaine de vanniers, coopérateurs ou indépendants, dans un village de neuf cents habitants : c’est probablement la plus forte densité d’Europe. Beaucoup ont leur atelier au rez-de-chaussée de la maison, avec une pièce humide, le « foulon », où l’osier trempe. Les enfants grandissent au milieu des bottes, et il n’est pas rare qu’un jeune reprenne l’atelier d’un parent sans jamais avoir envisagé autre chose. Une fête de la vannerie, en août, réunit les ateliers pour des démonstrations, et une boutique commune vend toute l’année ce que produit le village.

Intérieur de la boutique de la coopérative, avec des dizaines de paniers en osier sur des étagères.
À la boutique de la coopérative, les trois couleurs d'osier composent presque toute la palette.

La demande a changé de nature. Les paniers de marché et les corbeilles à pain restent, mais les commandes les plus rentables viennent de l’aménagement intérieur : suspensions, paravents, têtes de lit, cabines tressées pour des hôtels. Les vanniers ont aussi appris à travailler avec des paysagistes, pour des haies vivantes en osier tressé qui prennent racine et verdissent au printemps. « L’osier, c’est une plante avant d’être une matière, dit un jeune sociétaire de vingt-huit ans. Quand on s’en souvient, on trouve toujours de nouveaux usages. »

Ce même principe de filière locale explique la vitalité du cidre fermier en Bretagne, que nous avons suivi de la cueillette au bouchage.